Chères adhérentes, chers adhérents, chers amis de La Liane,
Voilà maintenant un peu plus de deux mois que j’ai rejoint La Liane à Saint-Louis en tant que directrice générale. Pour cette première newsletter depuis mon arrivée, j’avais envie de m’adresser directement à vous, qui accompagnez et soutenez l’association, parfois depuis de nombreuses années.
Rejoindre La Liane n’est pas pour moi un simple choix professionnel. C’est le choix de mettre mon parcours, mes expériences et mes convictions au service d’un projet profondément humain, ancré dans un territoire auquel je suis moi-même très attachée.
Sociologue et anthropologue de formation, j’ai consacré une grande partie de mon parcours aux questions de jeunesse, de vulnérabilité, d’inégalités sociales, de rapports de genre et d’accès aux droits. J’ai également vécu et travaillé plusieurs années à Saint-Louis, notamment dans les champs culturel et social. Revenir ici pour prendre la direction de La Liane donne aujourd’hui une dimension très concrète à cet engagement.
Deux mois seulement… et déjà beaucoup de chemin parcouru
Depuis mon arrivée au début du mois d’août, La Liane m’a déjà fait vivre toute l’intensité de ce qu’est une association de terrain.
J’y ai connu les fortes pluies et les inondations, qui rappellent brutalement la vulnérabilité de certains de nos lieux d’accueil. J’ai découvert des espaces parfois trop petits pour tout ce que nous voudrions y faire, des chambres qui se remplissent, des équipes qui doivent sans cesse s’adapter, des besoins auxquels nous voudrions pouvoir répondre davantage.
Cette réalité fait partie de La Liane. Elle dit aussi l’urgence de consolider nos moyens et nos lieux d’accueil.
Mais dans ces mêmes espaces, j’ai aussi découvert énormément de vie.
À la Maison des Droits des Enfants
Il y a les enfants et les jeunes, bien sûr. Leurs rires, leurs discussions, leurs désaccords parfois, leurs histoires et leurs projets. Il y a les moments partagés avec les adultes qui les accompagnent, les devoirs, les activités, mais aussi les sorties à la plage, les chants qui commencent sans vraiment prévenir et ces moments où, pendant quelque temps, enfants, jeunes et adultes se retrouvent simplement ensemble.
J’y ai vu quinze enfants prendre l’avion pour la première fois de leur vie grâce à l’association Latécoère. J’ai vu leur excitation, leurs appréhensions et leur fierté après ce premier vol : des moments qui peuvent paraître simples, mais qui comptent dans une enfance et ouvrent aussi le champ des possibles.
Ces premières semaines ont également été l’occasion de travailler avec les équipes sur l’organisation de la Maison des Droits des Enfants et sur le quotidien des jeunes qui y vivent. Nous avons notamment accueilli deux nouvelles éducatrices de nuit. Leur arrivée permet de renforcer la présence éducative auprès des enfants et des jeunes, y compris le soir et la nuit, et d’assurer cette continuité de l’accompagnement qui me paraît essentielle dans un lieu de vie.
Car accueillir et protéger ne suffit pas. Nous voulons que la MDE soit aussi un lieu où l’on grandit, où l’on apprend à vivre avec les autres, où l’on peut se projeter, découvrir, essayer et trouver progressivement sa place.
À la Maison des Droits des Femmes
J’ai découvert plus encore la force de la Maison des Droits des Femmes.
J’aime particulièrement cet espace où les questions liées aux droits des femmes ne restent pas des principes affichés sur une porte. Elles se discutent, se défendent et viennent parfois bousculer nos habitudes et nos façons de penser.
Les paroles et les convictions portées par l’équipe nourrissent nos échanges avec les partenaires, font avancer les débats et nous obligent collectivement à interroger nos pratiques. Elles rappellent aussi que l’accompagnement social des femmes ne peut être dissocié des questions d’autonomie, de droits et d’égalité.
C’est aussi cela, pour moi, La Liane : un lieu qui accompagne, mais qui sait également prendre position, faire entendre une parole et contribuer à faire évoluer les regards.
À l’Atelier des Femmes
Et puis il y a l’Atelier des Femmes.
J’y ai rencontré des formatrices profondément engagées dans la transmission de leurs savoir-faire. Elles enseignent, accompagnent, encouragent et donnent aux femmes des outils qui peuvent progressivement devenir des leviers d’autonomie.
Au-delà des apprentissages techniques, il se passe quelque chose de très précieux dans cet espace : une forme de sororité perceptible dans les échanges, dans l’entraide, dans la transmission entre femmes.
On y apprend un métier, un geste, une technique, mais on y partage aussi des expériences et des possibilités. Et c’est sans doute là encore une des forces de La Liane : créer des espaces où les personnes accompagnées ne sont jamais réduites à leurs difficultés, mais considérées à partir de leurs capacités, de leurs savoirs et de ce qu’elles peuvent construire.
Une transmission précieuse
Je ne pourrais pas parler de mon arrivée sans consacrer quelques mots à Claude.
Les mois d’août et de septembre n’ont pas été simples. Pourtant, malgré un contexte parfois difficile, Claude a tenu à être présente pour m’accompagner dans cette prise de fonction. Elle m’a transmis les dossiers, expliqué l’histoire et le fonctionnement de l’association, présenté les équipes, partagé sa connaissance des partenaires et du territoire.
Une direction ne se transmet pas uniquement avec des documents ou des mots de passe. Elle se transmet aussi par une histoire, une connaissance fine des personnes, des situations, des fragilités et des forces d’une structure.
Je veux donc ici la remercier sincèrement pour le temps consacré à cette transmission et pour sa disponibilité à mes côtés durant ces premières semaines.
Cette arrivée a également été rendue beaucoup plus facile par l’accueil des équipes de La Liane. Elles m’ont accompagnée, soutenue, questionnée aussi, et ont accepté d’avancer avec moi dans les changements que nous commençons à mettre en œuvre.
Ces équipes sont précieuses.
Elles connaissent les enfants, les jeunes, les femmes et les familles. Elles portent une mémoire de l’association et une connaissance du terrain indispensables. Elles sont présentes dans les moments heureux comme dans les situations les plus complexes, souvent avec des moyens limités et dans des conditions qui demandent une grande capacité d’adaptation.
Prendre la direction de La Liane, c’est aussi apprendre d’elles, les soutenir et construire avec elles.
Pourquoi j’aime être ici
Après ces premières semaines, je crois pouvoir dire plus précisément pourquoi j’aime être à La Liane.
Parce qu’ici, les grandes questions qui traversent mon parcours de sociologue – les inégalités, l’éducation, la jeunesse, les rapports de genre, l’émancipation, l’accès aux droits – ne sont jamais abstraites.
Elles ont des visages, des histoires et des conséquences très concrètes.
Et surtout, parce qu’à La Liane, nous avons la possibilité d’agir.
Parfois à travers de grands projets, parfois à travers des choses qui semblent beaucoup plus modestes : permettre à un enfant de poursuivre sa scolarité, accompagner une jeune vers une formation, accueillir une femme qui a besoin d’être écoutée et orientée, transmettre un savoir-faire, renforcer une équipe éducative, organiser une sortie, créer une nouvelle opportunité ou simplement ouvrir une porte qui jusque-là semblait fermée.
Ouvrir des portes
C’est justement l’une des missions que je souhaite porter aujourd’hui à la direction de La Liane : ouvrir des portes.
Ouvrir davantage La Liane sur son territoire. Aller à la rencontre des institutions, des associations, des entreprises et de nouveaux partenaires. Faire connaître ce qui se construit chaque jour dans nos différentes structures. Créer de nouvelles collaborations et de nouvelles opportunités pour les enfants, les jeunes et les femmes que nous accompagnons.
Car derrière les portes de nos maisons, un travail immense est réalisé quotidiennement.
Il mérite d’être connu. Il mérite d’être reconnu. Et surtout, il a besoin d’être soutenu.
Nos espaces sont parfois trop petits. Nos équipes font beaucoup avec des moyens qui restent limités. Les besoins des enfants, des jeunes et des femmes que nous accueillons sont importants et évoluent sans cesse. Continuer à améliorer la qualité de notre accompagnement, consolider nos équipes, entretenir nos lieux, développer de nouveaux projets et permettre davantage d’ouvertures vers l’extérieur nécessitent des moyens.
C’est aujourd’hui l’un des grands défis qui nous attend.
La mission est grande. Mais je mesure aussi, après seulement quelques semaines, la force sur laquelle nous pouvons nous appuyer : une équipe engagée et soutenante, des structures profondément ancrées à Saint-Louis, des partenaires fidèles et toute une communauté de personnes attachées à La Liane.
Je suis heureuse d’en assurer aujourd’hui la direction, avec une responsabilité qui me tient particulièrement à cœur : prendre soin de ce qui a été construit, accompagner les évolutions nécessaires et donner à La Liane les moyens de poursuivre et d’amplifier son action.
Et nous ne pourrons le faire qu’avec vous.
Adhérents, donateurs, bénévoles, partenaires et amis de l’association : ce site est l’un des moyens de maintenir ce lien entre vous et ce qui se vit ici, à Saint-Louis. Nous souhaitons vous raconter nos projets et nos réussites, mais aussi nos difficultés, nos besoins et les défis auxquels nous sommes confrontés.
Parce que faire connaître La Liane, c’est déjà contribuer à la faire vivre.
Kelly Seck


